"Elle se demande toujours comment elle n'a pas les yeux sales, stupéfaite qu'ils n'aient pas conservé, dans leur profondeur, le pâle reflet de la misère".

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Virginie, Erick et Aristide sont gardiens de la paix. Un soir d'été, tous trois ont pour ordre de reconduire un tadjik à la frontière. Cette mission particulière, hors de leur champ d'action habituel, n'est pas sans poser quelques questions à Virginie qui traverse elle-même une phase personnelle difficile. Jeune maman, la voilà qui s'apprête à interrompre une nouvelle grossesse, fruit d'une relation extra-conjugale avec son collègue Aristide. En jetant un coup d'oeil sur le dossier du tadjik, Virginie réalise que ce retour au pays qu'elle et ses collègues sont chargés d'encadrer signe la condamnation du migrant. Elle va dès lors s'employer à changer le cours des choses...

J'ai aimé ce roman, mon premier Hugo Boris. Plus au début qu'à la fin, mon enthousiasme s'émoussant un peu au fil de ma lecture. Il y a du très bon et du moins bon dans "Police," même si l'impression générale reste positive.

Il y a d'abord l'écriture, alerte et précise de Boris, addictive dès les premières lignes. L'immersion in medias res dans le quotidien de Virginie, jeune femme-flic en pleine crise personnelle, la plongée dans l'univers de la police, détaillée et sans pathos, tout cela mérite un grand A. J'aime les auteurs qui parviennent à donner une certaine épaisseur à leurs personnages, savent raconter une histoire, j'aime voir défiler le livre sous mes yeux : Police sera j'en suis sûre adapté au cinéma. Scénario, images, tout y est pour faire un bon film.   

Le livre pose également pas mal de questions intéressantes et actuelles sur la situation intenable des migrants, mais aussi sur ceux qui ont pour mission la reconduite à la frontière : de ceux qui décident de l'expulsion à ceux qui escortent, font monter dans l'avion, et gèrent avec plus ou ou moins de maladresse, de brusquerie ou de compassion des situations proprement ingérables. Police le montre plutôt bien : du côté des migrants comme celui des décisionnaires et des exécutants, rien n'est simple. 

Le moins bon pour la fin, tout de même... Je trouve que le roman s'éloigne peu à peu du ton réaliste et juste qui faisait sa réussite. La situation tendue, l'émotion bien dosée tournent au caricatural, à l'excès de bons sentiments et j'aime moyen.  Quant à la fin -et particulièrement la phrase qui clôt le roman-, je l'ai trouvé extraordinairement maladroite. Dommage !

 Malgré ces quelques réserves Police reste un bon roman, très rythmé, bien écrit, qui se lit quasiment d'une seule traite. Ma première rencontre avec Hugo Boris ne sera donc pas la dernière.

"Il porte un jean bon marché et une paire de baskets omnisport. Il a la tête dans les mains, les coudes plantés dans les cuisses. A la gare de Lyon, dans une opération de contrôle, elle sait qu'elle l'aurait appréhendé. Ceux que personne ne remarque, les clandestins aux cent visages, invisibles dans la foule, qui s'efforcent de ne pas croiser le regard des gens pour le rester, elle les repère, maintenant."

Une lecture commune (une de plus) avec ma copine Laure, dont le billet se trouve ici.

Première participation au challenge Hugo Boris d'Antigone.

Le billet coup de coeur d'Antigone sur ce roman est

 

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