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"Je devais faire La mauvaise éducation, je devais me l'enlever de la tête avant que ça tourne à l'obsession". (Pedro Almodovar)

      Deuxième film du challenge "Un ano con Almodovar," organisé par Pousse de Ginkgo et votre serviteur (servante?) Une Comète :) Pour le moment ce challenge rencontre un franc succès puisque nous sommes deux, ma copine et moi-même, à y participer :))) N'hésitez donc pas à nous rejoindre, en se poussant un peu, y'aura de la place pour un troisième participant et même un quatrième ;))))) On fera un effort !

Trève de bêtises, parlons plutôt du film. Avec "La Mauvaise Education", on atteint un certain niveau, bien loin du modeste Fleur de mon secret chroniqué le mois précédent, à mon avis. Cette fois, on frôle la perfection...

Enrique est un jeune réalisateur, en panne d'inspiration. Un jour, alors qu'il prospecte les faits-divers à la recherche d'un bon sujet, il a la surprise de voir débarquer un certain Ignacio, qui fut son premier amour. Ignacio, qui se fait appeler Angel, est comédien. Il confie à Enrique une nouvelle, dont il est l'auteur, intitulée "La visite". Inspiré pour une grande partie de la jeunesse d'Ignacio et Enrique au pensionnat, ce manuscrit relate le projet de vengeance d'Ignacio, devenu des années plus tard Zahara, une superbe travestie. Le père Manolo, qui fut professeur de littérature d'Ignacio et d'Enrique, fut à l'origine de leur séparation. Les sentiments troubles qu'il éprouvait alors pour Ignacio l'ont conduit à décider du renvoi d'Enrique...

Ames sensibles s'abstenir. "La mala éducacion" est un film sombre, extrêmement retors, et le générique annonce d'emblée la couleur :  ambiance enflammée en rouge et noir, musique angoissante à la Hitchcock.... Almodovar développe en effet une intrigue haletante de la première à la dernière image, sur fond de chantage, meurtre et secrets bien gardés qui n'aurait sans doute pas déplu au grand maître mais "La Mauvaise Education" se révèle être bien davantage qu'un simple film à suspens.

Par son architecture d'abord. Destructurée, elle joue sur tous les procédés narratifs possibles : flashes-back, récits enchâssés sur plusieurs niveaux, voix off... de quoi perdre en chemin le spectateur ? Même pas. ll ne manque absolument aucune maille au tricot.Tout fait sens et entre surprises en rebondissements, Almodovar aborde sans tabou ses thèmes de prédilection : quête identitaire (les personnages se cherchent, se travestissent, se métamorphosent, tentent de se créer une image bien lisse et surtout bien fausse qui se fissure immanquablement, comme celle du père Manolo devenu dans le civil Mr Beringuer, mais hanté par ses démons, Ignacio/Angel, Ignacio qui rêve d'être une femme, Ignacio fardé, Ignacio/Juan sans fard, Ignacio/Juan avec et sans sa barbe ...) abus de pouvoir de l'église, pédophilie (l'image qui est renvoyée des prêtres est ici à vomir : la fameuse scène où tous sont réunis pour écouter le jeune Ignacio chanter pour l'anniversaire de Manolo crée un vrai malaise . Oui, leur éducation est mauvaise, dans la mesure où elle leur permet d'assouvir leurs désirs malsains et d'asservir des êtres sans défense), amours homosexuelles (oh my god certaines scènes sont très sensuelles mais aussi très crues) et envers et contre tout, passion sans faille pour le septième art : le cinéma, c'est la lueur de ce film tellement noir. C'est au cinéma qu'Ignacio et Enrique découvrent l'amour, c'est la passion du cinéma qui permet à Enrique de survivre après... C'est d'ailleurs sur le mot "passion" que s'achève le film, passion cette fois teintée de gris...

Un très grand film, donc, original, irrévérencieux, passionnant à tout point de vue. D'une beauté glacée, toutefois. Je n'étais pas loin du coup de coeur, mais cette froideur, propre au sujet sans doute, qui instaure une distance entre le spectateur et les héros me fait mettre un minuscule bémol. Formidable jeu d'acteurs (magnifique et multiple Gael Garcia Bernal !) Perfection scénaristique, au détriment peut-être d'une authentique émotion...

 

 

Ma coéquipière Pousse de Ginkgo en a pensé... allez lire son billet ici

En décembre, on regarde "Dans les ténèbres". Pour le programme complet, c'est par là

                                                        

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