trois-hommes-deux-chiens-et-une-langouste

"La pluie, bof. Pas si affreux que ça. Ils savaient tous les deux que c'était mieux que de rentrer chez soi."

 C'est l'histoire de trois copains, Mitch, Doug et Kevin. Le premier travaille dans un magasin, le second dans un restaurant, le troisième promène des chiens de riches. Ces gars là sont de braves losers, adeptes de la pipe à herbe, ce petit plaisir qu'il faut bien payer, tout comme les factures qui s'accumulent. Comble de malchance, Mitch et Doug viennent de perdre leur emploi... Acculés, les lascars s'appliquent à devenir de parfaits voleurs et tentent de monter des coups, sans aucun succès. Et puis il y a THE plan, celui qui va faire d'eux des hommes riches, les sortir enfin de la lose qui leur colle aux baskets : le cambriolage d'une banque...

Les personnages sont attachants, les situations à la fois cocasses et pathétiques (quand on vole une Ferrari, mieux vaut prévoir qu'il existe une invention très moderne qu'on appelle la géolocalisation...) Sous un vernis comique voire déjanté, Levison laisse entrevoir une réalité pas franchement drôle mais hélas très actuelle : la précarité, la volonté désespérée de trouver sa place dans la société, volonté qui se heurte systématiquement à un mur... même si les trois garçons ne sont pas bien malins, ils ont quelques rêves pas démesurés. Tout ce qu'ils entreprennent ressemble pourtant à l'ascension de l'Everest... La faute à leur inertie, à leur manque de débrouillardise, à ce coin sinistré des Etats Unis (la Pennsylvanie) où ils végètent et où les sociétés mettent la clef sous la porte les unes après les autres...

 J'ai passé un très bon moment avec les antihéros de Levison. L'écriture est plaisante, le rythme" cinématographique" : leurs mésaventures se déroulent sous nos yeux, comme dans un film. Le regard de l'auteur, lucide et plein d'humour, prouve que les deux ne sont pas incompatibles. Quant à la fin, qui donne le coup de grâce, elle est vraiment réussie !

"Ils avaient avalé toutes les conneries qu'on leur avait servies sur la possibilité qu'ils aient un avenir. Leur avenir était de travailler ou crever de faim, et le travail était de plus en plus dur à trouver."

Keisha l'a lu, Bibliolingus également