"Pêcher. Sans relâche."

 

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Lili rêve du bout du monde. Un jour, cette frêle jeune femme quitte Manosque pour Kodiak, en Alaska (!) et embarque sur un bateau de pêche, Le Rebel, nom qui semble prédestiné... Lili est en situation illégale, ce qui l'attend sur le bateau est proche de l'enfer, mais seule compte sa volonté de devenir un vrai marin.

A bord, Lili est mise à rude épreuve: les pêcheurs n'épargnent pas le « moineau » comme ils l'appellent, allant jusqu'à la priver de sa couchette, mais si Lili en bave, elle serre les dents et affronte, trime sans jamais se plaindre et finit par gagner le respect de tous.

En revanche, à terre « on s'ennuie à devenir fou », c'est le vide, le néant, la tristesse. Alors comme ses camarades, Lili « repeint la ville en rouge », erre de bar en estaminet. Et puis soudain, il y a Jude, le Grand Marin, qui la bouleverse et réciproquement. Un drôle de couple que vont former ces deux là, à la fois ivres d'amour et d'ailleurs...

 Ce livre a fait grand bruit et je comprends pourquoi tant le personnage principal est impressionnant. La rage au ventre, cette Lili (Catherine Poulain herself paraît-il) qui n'a jamais froid aux yeux, est une superbe héroïne. Une sorte de Gilliatt au féminin (ceux qui ont lu « Les Travailleurs de la mer » de Victor Hugo comprendront, les autres je vous conseille vivement la lecture de ce merveilleux roman maritime :) en lutte avec les éléments, au corps à corps avec les poissons (au sens propre) qu'elle pêche, avalant leur cœur encore palpitant... La maladie, la tyrannie des hommes, de la mer, rien ne la fait flancher. Lili applique à la lettre le conseil d'une ancienne skipper qu'elle croisera sur sa route: « l'important c'est pas la grosseur des muscles (...) c'est de tenir bon, regarder, observer, de se souvenir, d'avoir de la jugeote. Ne jamais lâcher. Jamais te laisser démonter par les coups de gueule des hommes. Tu peux tout faire. L'oublie pas. N'abandonne jamais. »

 La première partie du livre, récit par Lili de cet apprentissage à la dure, est captivante. Très sensuelle aussi, animale. Lili refuse le sexe, elle ne veut que pêcher, mais la mer est son amant« la vague est en moi. J'ai retrouvé la cadence, le rythme des poussées profondes qui passent de la mer au bateau, du bateau vers moi. Elles remontent dans mes jambes, roulent dans mes reins. L'amour peut-être. Etre le cheval et celui qui le chevauche. » L'écriture est lapidaire, à vif, comme le personnage de Lili. Le lecteur se prend lui aussi la vague en pleine figure, c'est d'une intensité rare...

J'ai été nettement moins convaincue par la seconde partie : Lili à terre, avec Jude, le Grand Marin alcoolique. L'amour, mais aussi l'ennui, terrible ennui, le besoin irrépressible de repartir en mer, de larguer les amarres encore une fois... Longue cette partie. L'ennui, il est aussi pour le lecteur. Je sais, c'est fait exprès :-/

Je vais me faire taper par les fans, mais j'ai trouvé l'histoire d'amour entre Lili et Jude,  ces "deux âmes blessées », un peu facile, prévisible, limite surjouée. En résumé, je n'y ai pas cru. Et puis, l'écriture perd peu à peu de son énergie, devient maladroite, alourdie par les répétitions. Je pense notamment à un passage où Lili se trouve sur un bateau avec un marin prénommé John. John, John, John... est répété quasiment à chaque phrase. J'aurais dû compter. Ça m'a exaspérée.

Je me serais pour ma part largement contentée de la première moitié du livre. La passion viscérale de Lili pour la pêche, sa volonté de fer, son épopée à bord du Rebel auraient suffi à faire un grand roman.

 Au fond, Lili n'avait pas besoin de Jude le grand marin... le Grand Marin, c'est elle.

"Tout court Lili, tout avance. L'océan, les montagnes, la Terre quand tu marches...Quand tu la parcours, elle semble avancer avec roi et le monde se déroule d'une vallée à l'autre, les montagnes, puis les ravins où l'eau déboule et s'en va vers le fleuve qui court vers la mer. Tout est dans la course Lili. Les étoiles aussi, la nuit et le jour, la lumière, tout court et nous on fait pareil. Autrement on est morts."

J'ai eu le plaisir de partager cette lecture avec mon amie Laure :) Merci à toi :)