index"Puis, courant 2015, j'ai ressenti le besoin de relire "Ô vous, frères humains". J'ai été plus puissamment encore frappé par le calvaire psychologique de ce petit garçon, déambulant à la lisière de la folie, par le message testamentaire d'Albert Cohen. Et le cœur serré, j'ai refermé le livre sur le triste constat que, décidément non, la terre entière n'avait toujours pas été traversée par cette oeuvre majeure.
(Préface)"

 Marqué par les attentats de 2015, le dessinateur Luz a ressenti la nécessité de relire " ô vous frères humains", d'Albert Cohen, qui le bouleversa adolescent. A la recherche d'un cadeau pour sa mère, le petit Albert alors âgé de dix ans, se fait violemment rabrouer par un camelot qui le traite de "sale youpin" et lui ordonne de dégager. Abasourdi par ce flot d'injures antisémites et de moqueries, le petit garçon devenu le grand écrivain que l'on sait ne se relèvera jamais de ce traumatisme.

Luz tire de cet épisode dramatique une incroyable BD. Ses planches en noir et blanc inquiètent par leur violence, leur étrangeté. Après l'agression, le petit garçon désemparé erre dans la ville et tout le ramène à cette violence qu'il ignorait jusque là. Une enfant sort d'une affiche publicitaire pour écrire des choses infâmes sur le mur et Albert s'y enfonce, rempli de honte jusqu'à disparaître, le doigt accusateur du camelot occupe soudain toute la page et l'esprit du petit garçon, au bord de la folie...

Si le graphisme très personnel de Luz est un bel hommage au livre d'Albert Cohen, hommage quasi sans texte, il n'est toutefois pas facile d'accès. Il faut prendre le temps de regarder les dessins, y revenir, pour en saisir toute la beauté surréaliste. J'ai beaucoup aimé et suis sortie de cette lecture extrêmement troublée et émue.

                                                                 

                                                                                

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