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 "Je me suis assis devant l'écran du monitoring, émerveillé, moi le fils de cheminot, de découvrir que les battements de coeur si rapides d'un enfant au seuil de la vie faisaient un bruit de train Corail lancé à pleine vitesse"

Encore des nouvelles, eh oui. J'ai fait le plein pour mon nouveau défi perso : la lecture d'au moins un recueil par mois ou plus... Ce mois-ci ce sera plus puisque après l'incandescent Ron Rash, j'ai eu envie de découvrir "Apprendre à marcher aux enfants" de Mikaël Ollivier, qui végétait dans ma liseuse depuis quelque temps.

Mikaël Ollivier a, semble-t-il, eu l'idée de ces nouvelles quelques mois après la naissance de son premier enfant. Dans ces quinze textes, il aborde toutes sortes de situations où le père se trouve en première ligne : il souffre de ne pas voir suffisamment ses enfants, ou se voit contraint de renoncer à l'amour par peur de les perdre... Il y a aussi les pères déçus, rejetés par leur progéniture ("Born to fuck", "Une odeur de biscuit"), ceux pour qui la vieillesse est un naufrage ("La coda") ou tout au moins une étape imprévue ("Jeu set et match")... Les pères aux sentiments coupables sont sureprésentés : désir d'une autre femme, désamour pour celle qu'on pensait aimer et pour qui on a tout quitté...

Et c'est un peu là le point faible : la lecture est agréable, l'émotion et la tendresse sont bien présentes, les chutes surprennent et fonctionnent même si elles sont parfois un peu faciles, comme dans "Born to fuck", qui produit son petit effet à la toute dernière ligne. J'ai pourtant eu le sentiment de tourner un peu en rond, d'y trouver de façon presque systématique des ébats sexuels (un peu ça va, tout le temps ça saoule...), de relire à peu près la même chose d'une histoire à l'autre sans doute parce que l'écriture est totalement uniforme et c'est dommage. J'ai été également gênée par quelques lourdeurs et maladresses de style (que font les correcteurs?) assez surprenantes. Enfin, l'ensemble reste malgré tout distrayant et on se laisse porter sans mal jusqu'à la toute dernière nouvelle, comme un  joli contre-point où le départ de l'enfant marque le retour à une vie de couple jusque là assoupie.

"L'amant de Marina était à l'étroit dans le costume du père de Charles et de Martin. Le père était perdu dans celui de l'amant."

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"En réalité, ce que Jacqueline aimait dans les concerts classiques, c'était d'y aller puis d'en sortir. c'était un acte social dont la noblesse lui convenait parfaitement mais dont le contenu l'ennuyait copieusement. L'avant-concert était toujours assez grisant : l'ambiance de spectacle, la tenue de soirée, les rencontres dans le hall, les petits saluts de la tête une fois dans la salle. Puis quand le concert débutait, Jacqueline en attendait impatiemment la fin pour pouvoir en parler, échanger ses avis et se féliciter d'avoir été là."