9782226321824_1_75"je suis le plus con des dragons. Celui qui crache des étincelles et se crame les ailes avec".

Pas très fan de témoignages et de non-fiction (j'ai récemment abandonné "Derrière la grille" de Maude Julien (trop dur pour moi, j'ai mes limites) j'ai quand même tenté ce" Journal d'un vampire..."et sincèrement, je ne l'ai pas regretté. J'ai été touchée et happée par l'histoire de cet incroyable Mathias ( au fait mon fils porte ce prénom magnifique, il ne s'appelle pas réellement Poupouce vous savez, fin de la parenthèse vie privée vie publique mais il fallait que je le place), artiste infatigable (Mathias Malzieu est le chanteur du groupe Dionysos) et fou, totalement rêveur, qui se découvre atteint d'une maladie de la moëlle osseuse, aussi rare que grave. 

Une grande fatigue, une banale prise de sang, un coup de fil alarmant et un verdict implacable... Mathias est très malade. Il faut envisager de lourds traitements, un isolement en chambre stérile, voire une greffe de moëlle pour lui sauver la vie. Ce journal est le récit de son combat, depuis l'annonce de sa maladie (qui tombe à un moment clef de sa vie professionnellement parlant) jusqu'à sa guérison, quasi miraculeuse.

 Mathias Malzieu ne vend pas du rêve, il a terriblement souffert. La maladie l'épuise, l'éloigne physiquement de ceux qu'il aime, le met K.O.  Mais Mathias est un poète, à l'imagination folle et délicieuse, et comme tout poète qui se respecte, il a le pouvoir de transcender la douleur par les mots et le rêve. Cette Dame Oclès qui le menace, le suit partout avec son épée, il est décidé à lui faire la peau. Ce journal est aussi un bel hommage aux soignants qui l'ont accompagné tout au long de cette épreuve, médecins, infirmières, à l'amour de sa vie, la jolie Rosy, à son père et à sa soeur. On pourrait pleurer devant l'injustice de la maladie qui frappe aveuglément un homme jeune et épris de la vie. On pleure un peu (en tout cas on est émus) mais on sourit aussi beaucoup car la langue de Mathias est belle, imagée, et le personnage drôle, tendre et touchant. 

Un très très beau livre, qui méritait le passage de son auteur à la Grande Librairie ( François ne "peopolise" pas, non non non)

"Quand j'étais petit, je croyais que les magasins de pompes funèbres vendaient des chaussures pour les morts. Des modèles vernis, neufs pour toujours, qui auraient le droit de faire mal aux pieds"

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"Elle jongle avec l'espoir comme avec des balles de porcelaine. Elle se débrouille pour ne pas les faire tomber"

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"Ma seule possibilité de résister, c'est d'écrire. L'urgence fait pousser des graines de livres en moi. Je les arrose toutes et m'applique à penser que je vais trouver mon haricot magique pour crever le plafond de l'hôpital."