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"Nous sommes une espèce vivante, et tout ce qui est vivant avance et marche, et bouge et se transforme. Ce qui ne bouge plus est mort. Nous allons le faire. Nous allons offrir un peu plus de vie à la terre."

Lues pendant un long voyage en voiture jusqu'à Paris, ces quatre nouvelles m'ont enchantée. Je ne suis pas hyper fan de science-fiction, mais loin d'être hostile non plus. Faut juste que ça soit très bon pour me plaire, je n'ai pas la SF facile, on va dire. Et là, avec Sylvie Lainé, on est dans du très bon, très subtil, du solide... de la vraie bonne science-fiction française, vraiment, ça ne se refuse pas. 

Ces quatre nouvelles, assez différentes les unes des autres, ont quand même pour point commun l'échange et la rencontre avec l'autre, échange consenti (on pourrait le croire) dans la magnifique et longue nouvelle "l'Opéra de Shaya". Qui séjourne sur la planète Shaya devra en payer le prix. La jeune So-Ann, qui a toujours vécu dans l'espace et cherche la planète idéale, va le découvrir à ses dépens. Il y a aussi la rencontre opportune mais qu'on n'attendait pas comme dans le très joli et amusant "Petits arrangements intra-galactiques" ou encore la rencontre ratée dans l'émouvant "Un amour de sable"...( ma préférée... je ne mettrai plus jamais les pieds dans le sable sans penser à ...)

Sylvie Lainé possède une imagination fabuleuse, (c'est la moindre des choses me direz-vous, quand on écrit de la SF) mais totalement maîtrisée, cohérente, qui lui permet de créer en quelques pages des mondes colorés, peuplés de créatures extraordinaires, (j'ai adoré le Groc, sorte de vache rose avec un seul énorme pied... quelle trouvaille !) auquel on n'en finit pas de s'attacher, pourtant les nouvelles sont très courtes, à l'exception de la première, qui tient plus de la novella. Il y a de l'émotion et tout plein d'humanité dans ces textes, écrits dans une langue très simple (ce n'est pas un reproche, c'est même un méga compliment dans le cas précis) et très accrocheuse, et je n'ai qu'une envie, lire d'autres nouvelles de la dame. (Prix très modique en version numérique, j'ai téléchargé deux autres petits recueils)

Ah oui, la préface du recueil est très intéressante et l'interview de l'auteure à la fin encore plus :)

"Et je découvre tout le long de la rivière d'autres paisibles scènes familiales- d'autres tas graisseux roses, voluptueusement vautrés dans la boue (...) ces machins là n'ont pas de pattes, il en faudrait beaucoup pour porter ces dizaines de tonnes : ils ont à la place une sorte de gros pied élastique. Une obscénité flasque et rose montée comme un champignon."

Découvert -comme par hasard- chez Cuné :)