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"La nuit de Fridières ne tombait pas, elle montait à l'assaut, elle prenait les maisons les bêtes et les gens, elle suintait de partout à la fois, s'insinuait, noyait d'encre les contours des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effaçait les chemins, gommait,  broyait."

Une petite annonce a permis la rencontre et l'union entre Annette, trente-sept ans, originaire du Nord de la France, et Paul, quarante-six ans, paysan du Cantal, déterminé à ne pas finir sa vie tout seul. En venant vivre à Fridières avec son fils, Annette la citadine cherche à fuir un passé sentimental douloureux et à repartir de zéro. Rien ne sera moins simple. Les oncles et la soeur de Paul, Nicole, qui vivent eux aussi à la ferme, ne sont guère disposés à ouvrir les bras à une étrangère venue de la ville et lui opposent silence et méfiance.

"L'amour est dans le pré" version Marie-Hélène Lafon, ça a quand même de l'allure... Le roman s'ouvre sur une magnifique et poétique description de la nuit qui tombe, et cela suffit à donner envie de poursuivre. J'ai toujours un peu de mal à rentrer dans les romans de cette auteure, mais lorsque j'y suis, j'y reste et je ne le regrette pas. Peu d'écrivains parviennent comme elle à évoquer le monde rural, avec réalisme et tendresse, une pointe d'ironie aussi  : les difficultés que rencontre Annette, la "lutte"engagée pour se faire une place, jusque dans l'étable, occupée par Nicole, bien décidée à ne pas céder un pouce de terrain, tout cela est à la fois touchant et drôle, un sourire absent de ma précédente lecture de Marie-Hélène Lafon et qui fait du bien. J'aime son écriture, tout à la fois orale et d'une élégance extrême. J'avoue qu'il m'est arrivé de me perdre en route car les phrases sont amples et la chronologie un peu bousculée, (le roman commence alors qu'Annette est déjà installée à la ferme et les circonstances de sa rencontre avec Paul sont développées plus tard dans le roman) mais c'est une bien belle lecture qui mérite que l'on y consacre du temps. Un seul regret : la fin, qui n'en est pas une, m'a frustrée.

Cathulu, Clara ont lu et chroniqué ce livre.