images-4

"Il ne pouvait pas à la fois aimer la France et la quitter"

J'avoue, c'est la couverture du bouquin qui m'a attirée, au départ. Sans Omar Sy, je n'aurais peut-être pas prêté attention au livre, dont un film vient d'être adapté. En y regardant de plus près, je vois que l'auteur est Delphine Coulin, dont j'avais lu et aimé Voir du pays, et mon intérêt redouble. La quatrième de couverture a fini de me convaincre, et hop me voilà avec un nouveau livre dans mon panier et mes projets lecture une nouvelle fois bousculés :) 

Je ne le regrette vraiment pas. J'aime les surprises littéraires et j'ai adoré ce roman.

Samba Cissé, dont "le nom siffle comme un coup de vent", vit en France, chez son oncle Lamouna, depuis dix ans. Les conditions de vie sont loin d'être idéales, ils cohabitent tant bien que mal dans une cave aménagée en appartement, mais Samba n'est pas malheureux. Il travaille durement, paye des impôts, a connu bien des galères pour pouvoir entrer dans ce pays qu'il aime. Oui mais voilà, Samba n'a pas de carte de séjour. Un jour, alors qu'il se rend à la Préfecture, sans inquiétude particulière, il est brutalement arrêté et placé en centre de rétention. Les ennuis, les vrais ennuis commencent alors. La clandestinité, l'angoisse du retour imposé au Mali où vivent encore ses soeurs et sa mère et qu'il ne peut pas décevoir, toujours plus de précarité, mais aussi une volonté farouche de rester digne envers et contre tout...

Avec ce roman poignant, Delphine Coulin ne nous intéresse pas seulement au sort des sans-papiers, même si elle pointe sévèrement du doigt et avec une belle ironie les incohérences et les failles d'un système franchement maltraitant. Elle compose aussi une très belle histoire, qu'on ne peut lâcher une fois commencée. Le personnage de Samba est terriblement attachant avec son désir fou de s'en sortir, de faire, à tout prix, sa vie dans un pays qui le rejette, mais il n'est pas le seul. L'oncle Lamouna, (quel personnage extraordinaire !) la belle Gracieuse, le camarade colombien Wilson... on se prend à rêver pour tous ces exilés blessés dans leur chair d'une vie meilleure, d'une issue positive après tant d'épreuves...

La plume de Delphine Coulin est acérée et "vindicative"comme le dit la quatrième de couverture, mais elle aussi très tendre et pleine de poésie, un bonheur à lire, tout simplement. Mon seul petit regret, quand même, concerne le mode de narration. C'est dommage, le personnage de la narratrice et bénévole auprès des sans-papiers ne présente pas vraiment d'intérêt car pas assez creusé. J'ai parfois tiqué car on n'est pas bien sûr en lisant qu'il s'agit toujours de la même narratrice. On a parfois l' impression qu'un autre narrateur, omniscient celui-là, intervient, et ce, dans la majeure partie du récit... Ceci étant, malgré cette confusion un peu agaçante, "Samba pour la France" est un grand roman que je recommande chaudement !

"Ils avaient raison de distinguer son pays d'origine de son pays tout court : car son pays, depuis dix ans, c'était la France; ils pouvaient décider du territoire de son avenir, mais ils ne pouvaient rien changer au passé, et son pays, depuis plus de dix ans, c'était la France, qu'on le veuille ou non."

                                                                                     ---

"Chacun venait avec ses "preuves de vie", des fiches de paie, des factures, des lettres d'amis, des quittances de loyer, des avis d'imposition, des attestations diverses et variées, qu'ils devaient garder pour prouver qui ils étaient, quand ils étaient arrivés, qui ils fréquentaient, chez qui ils avaient habité, chez qui ils avaient travaillé, qui était leur médecin, quels diplômes ils avaient obtenus, dans quelle association, mouvement, parti ils avaient milité, quelle famille ils avaient, en France, à l'étranger : les sans-papiers avaient, en fait, beaucoup, beaucoup de papiers - et ils les gardaient, tous, précieusement."