"Ne laissez pas des médiocres vous humilier et vous faire douter de vous-même. La Cour est une mécanique effroyable… Au début nous sommes jeunes, amusantes, certaines d’entre nous sont jolies, la Cour nous caresse, a l’air de nous aduler. En fait, vampire sournois, elle s’empresse de nous pomper le sang. Les grossesses font le reste. La jeune épousée n’est bientôt plus qu’une pauvre chose qui se traîne et qu’on oublie."

 

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Voici un livre lu il y a déjà quelques semaines mais le souvenir que j'en ai gardé est suffisamment vif pour tenter d'en faire un billet. 

Je l'ai déjà signalé, je ne suis pas une grande amatrice de roman historique, mais il m'arrive d'en lire avec plaisir surtout lorsqu'il y a des rois et des reines dedans ;)))

Ici, Chantal Thomas retrace un épisode étonnant et méconnu de l'histoire franco-espagnole. En 1721, deux princesses sont échangées pour acheter la paix entre les deux pays. Mademoiselle de Montpensier, douze ans, fille du régent de France ( et auteur de cette "bonne" idée) épousera le futur roi d'Espagne (pas bien vieux non plus) tandis que l'infante d 'Espagne, quatre ans, (oui, quatre ans) est promise au très jeune et beau Louis XV. Situation aberrante et odieuse qui se soldera par un terrible échec des deux côtés. 

J'ai beaucoup aimé ce roman dont je n'attendais pas grand chose. Je crois que moins j'attends et plus je suis contente, au final, mais ceci est un autre débat... La plume de Chantal Thomas est vivante, agréable, et elle possède un talent certain pour faire revivre le passé (magnifique, la scène de l'échange au début du roman,  j'y étais... enfin c'est tout comme) d'une façon romanesque vraiment très plaisante. On rit parfois (Saint Simon découvre l'Espagne et l'huile d'olive ... un moment d' anthologie) on est émus très souvent.  La toute petite infante et l'amour inconditionnel qu'elle voue au roi Louis XV (vraiment pas payé de retour), sa tendre amitié avec la princesse Palatine, tout cela est très touchant. Ma copinaute Galea fait remarquer que cette infante de quatre ans fait preuve d'une maturité incroyable et disons-le, invraisemblable pour une enfant de cet âge. Elle a raison, mais si cela m'a étonnée, ça ne m'a pas dérangée plus que ça. Après tout, il s'agit d'un roman, historique, certes, mais roman tout de même. Chantal Thomas prête à ses personnages des émotions et des sentiments qui peut-être ne reflètent pas complètement la réalité. Je ne sais pas, je n' étais pas là et elle non plus :) Peut-être aussi que les princesses de l'époque étaient d'une maturité exceptionnelle ! Ce que je regrette en revanche, c'est la moindre place accordée à Mademoiselle de Montpensier dans le roman, alors que c'est un personnage...quel personnage ! rebelle, insubordonnée, dérangée, cette princesse terrifiée par l'Espagne et sa sinistre cour, aurait mérité un développement plus important. C'est dommage. Je suis restée sur ma faim.

Pour conclure, je dirai que mon intérêt pour ce roman est allé croissant, pour atteindre des sommets dans la deuxième partie,  réellement poignante avec le rejet si cruel des deux princesses... Surréaliste. 

Une lecture remarquable donc, qui devrait intéresser les non-historiens dont je suis, et les historiens...pas trop chipoteurs.

                                                                 

"Le duc de Saint-Simon croit avant tout en la hiérarchie, au rite sacré de l'étiquette. Il est pointilleux sur les questions d'honneur et de politesse. L'Espagne, ses chemins de terre, ses plaines arides balayées par un vent glacé, avec çà et là des groupes de paysans bruns de crasse et de soleil et des mendiants haillonneux, lui fait l'effet d'un voyage sur une autre planète. Cette disparate de misère, de superstition, d'envie de chanter dépasse son entendement."

 

Lu et chroniqué par Galéa , Athalie , Estelle

 

Merci ma Cuné ;)))