DownloadedFile-1

C'est avec "Naissance d'un pont" que je découvre Maylis de Kerangal. J'ai reculé volontairement le moment de LA rencontre en me disant qu'il fallait être dans de bonnes dispositions pour découvrir cet auteur que tout le monde encense. Dans de bonnes dispositions je suis, mon fils dort à peu près la nuit, il est passé à la cuillère, et en plus il fait beau. Tout va bien donc. Sauf que cette rencontre me laisse un sentiment un peu mitigé. 

Dans cet étrange (très étrange) roman, il est question d'un pont suspendu, qui va être construit dans une ville imaginaire baptisée Coca, quelque part en Californie. Maylis de Kerangal nous fait vivre toutes les étapes de la construction de ce pont jusqu'à son inauguration. Une kyrielle de personnages participe à cette naissance, un grutier, une spécialiste en béton, une conductrice d'engin... Le lecteur va les suivre (un peu), ils vont se croiser, ou pas...

Ne me jetez pas de cailloux, (ou alors des tous petits) mais je me suis ennuyée. "Naissance d'un pont" est très original, c'est vrai. Maylis de Kerangal maîtrise de façon impressionnante ce sujet viril, ah ça, elle s'y connaît en pont... Extrêmement documenté, (que de détails techniques, mon dieu était-ce bien nécessaire?)  ce roman est l'occasion d'aborder des sujets majeurs comme l'écologie, le monde ouvrier ( encore et toujours exploité), les conflits sociaux... il y a de l'amour, du policier, des ours, des indiens, il y a tout. Et c'est à mon avis, le problème. Trop de choses abordées... juste abordées. Les personnages auxquels j'aurais aimé m'attacher ne font que passer. Zou, circulez, c'est fini. On n'en saura pas plus. Ils ont des bouts d'histoire, et moi les bouts d'histoires, j'aime moyen.

Reste l'écriture prodigieuse de Maylis de Kerangal, ces longues phrases à virgules, ces cascades de propositions, la richesse incroyable du vocabulaire, je m'y suis perdue parfois, j'ai lu, relu, plusieurs fois le même passage, j'ai terminé le livre un peu fatiguée... et soulagée d'en avoir terminé.

 

Le pont inachevé est massif dans la nuit, une présence monstrueuse, très noire, Waldo le dévisage à voix basse, l’éclairage de nuit ne doit pas être trop fort, trop spectaculaire, Georges, je ne veux pas du sabre de flamme, de faisceaux qui sculptent, d’ampoules qui appuient, toute cette saloperie de grandiloquence, les tours ne seront pas éclairées jusqu’au sommet afin qu’on puisse penser qu’elles se prolongent dans la nuit, le tablier sera un simple trait comme une ligne de fuite, et on réglera la balance entre les ombres, entre les différentes qualités d’ombre, on fera toucher les matières, le fleuve, la ville, la forêt et, pour le pont, je veux seulement que l’on sente la force dans les câbles.

 

Phili parle très bien de ce livre ici, Cathulu et Zazy aussi