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Je vais sûrement mettre un coup de poing dans une porte grande ouverte en écrivant cela : mais quel auteur, cette Fred Vargas !

Tout m'a plu dans cet "Homme à l'envers" jeté distraitement dans mon panier lors de mes dernières courses. A commencer par le titre. ça n'a l'air de rien, un titre, mais c'est quand même ce qui attire l'oeil en premier vers un bouquin. En tout cas le mien. Celui-là, je l'ai trouvé amusant. Et intrigant. 

On ne comprend d'ailleurs pas tout de suite de quoi il retourne, ni le pourquoi d'un tel titre. Je ne vais pas vous en dire plus, juste que tout cela est sacrément bien fichu, très drôle et bien noir. Et en plus, il y a une vraie écriture. Avec ce livre, Fred Vargas a démoli un vieux préjugé bien ancré dans ma petite tête : les auteurs de romans policiers écrivent comme des patates. Tous. Sauf Marcus Malte. Et Fred Vargas. Et peut-être d'autres, qui sait. Je veux des noms ! 

Pour en revenir à Vargas, le ton est unique, à la fois poétique et musclé, et les dialogues, vivants et réalistes frisent la perfection. ça se lit comme un rêve, comme dirait ma copine Julie :))

L'histoire est prenante et surprenante : en gros, il est question d'un loup-garou, qui massacre les brebis du Mercantour, et pas seulement les brebis. Lorsque la bergère Suzanne Rosselin est sauvagement assassinée par le dit loup-garou, son fils adoptif Soliman, un vieux berger surnommé "Le Veilleux", et Camille, jeune musicienne et "plombière" se lancent à sa poursuite, à bord d'une bétaillère qui "pue le suint". Ils devront faire appel aux lumières du fameux et tourmenté commissaire Adamsberg pour éclaircir cette vilaine affaire, Adamsberg qui soit dit en passant, est l'ex de Camille. Ce qui sous-tend une intrigue amoureuse bien sympathique au milieu de tout ce noir. Il paraît qu'on la retrouve dans d'autres romans, Camille. Chouette, je l'ai bien aimée. Les autres personnages aussi, amusants et pleins de caractère. Je suis amoureuse d'Adamsberg. Voilà, c'est dit. 

"Il n'avait pas changé en ces quelques années (...) Non pas que le temps l'ait évité plus qu'un autre, mais ses signes n'étaient guère visibles, tout simplement parce que Adamsberg avait un visage trop mouvementé pour cela. Sur une figure lisse et régulière, tout désordre du temps aurait laissé sa trace. Mais le visage d'Adamsberg était en désordre depuis l'enfance. Aussi sur ces traits inégaux et tumultueux, les fines marques de l'âge étaient-elles largement submergées par le chaos de l'ensemble. (...) Pas d'harmonie, pas de mesure, aucune sobriété. (...) Tout allait de travers dans ce visage. Comment il en résultait cette séduction insolite, c'est ce que l'esprit rigoureux de Camille n'avait pas pu élucider. Peut-être  était-ce affaire d'intensité. Trop chargé, trop précis, le visage d'Adamsberg était pour ainsi dire saturé."

L'humour bien présent dans tout le roman n'empêche pas une réelle intensité dramatique, une atmosphère inquiétante (comme j'aime :))) et un dénouement inattendu. Même si j'ai deviné l'identité du coupable à quelques pages de la fin, cela n'a en rien gâché mon plaisir.

 C'était bien bon. 

« On réveillait l'effroi, la haine. On mêlait dans un bain insalubre les ingrédients cousins de la jouissance et de la terreur. On maudissait les carnages avec volupté, on détaillait la puissance de la bête : insaisissable, féroce et, surtout, colossale. Cela, avant toute chose, formait le levier de l'intérêt passionné que le pays entier portait à présent à la "Bête du Mercantour". Sa taille hors norme, en l'arrachant au vulgaire, en l'excluant du commun, lui faisait prendre rang au sein des cohortes du diable. On avait découvert un loup de l'enfer et pour rien au monde on n'y aurait renoncé.  »