a-moi-pour-toujours

Définitivement pas fan de Laura Kasischke, c'est ce que je me suis dis en refermant "A moi pour toujours". C'est ma deuxième tentative, et si elle s'avère moins désastreuse que la première, je ne comprends toujours pas... Ni la comparaison avec Joyce Carol Oates, ni l'enthousiasme qu'elle suscite, ni le mélange "d'atrocité et de poésie" dont parle Olivia de Lamberterie, citée au dos du livre. Pour moi, Laura Kasischke n'est ni atroce, ni poétique. Juste bof.

Ici, il est question de Sherry Seymour, professeur d'université, la cinquantaine, mariée et mère d'un grand garçon. Sa vie tranquille et routinière se trouve bouleversée par des mots d'amour anonymes déposés dans son casier du genre "A moi pour toujours" et autres petits messages passionnés. Sherry en est toute excitée. Enfin du piment dans sa vie! Persuadée d'avoir deviné l'identité de son admirateur, grâce à un copain de son fils, elle se donne à lui avec fureur. Il est jeune, sexy et entreprenant, l'amant. Ce qui excite aussi beaucoup le mari. Je reconnais que les scènes "hot" sont plutôt bien "hot" et sensuelles. Pas mal écrites. Le problème est qu'il y en a trop. C'est lassant. 

Il n'y a évidemment pas que ça dans le roman. L'aventure de Sherry va tourner au vinaigre. Je ne vous dis pas comment. Juste que le roman est truffé d'indices, de symboles, de personnages plus ou moins douteux (aaaaah le symbole de la biche écrasée... elle vient elle revient, revient encore, on  n'en peut plus de la voir de partout, cette biche, et puis pouf, on n'en parle plus. Finie la biche) pour que lecteur comprenne bien que ça va mal se passer, oui. Très mal. Et les rebondissements. Il y en a tout plein. Laura Kasischke adore ça, on le sent. Ils sont juste gros comme des maisons, ses rebondissements. Je me suis dit en voyant les maisons de très loin : non, ce n'est pas possible, ça ne peut pas être aussi gros... 

Eh bien si. C'est même énorme. Franchement, j'aurais préféré que la fin du livre ne révèle  rien, qu'il reste un doute, un mystère... Vous allez me dire, "tu aurais râlé parce que l'auteur te laisse dans le flou" oui, sans doute. Je suis une éternelle insatisfaite. Et Laura Kasischke ne répond pas décidément pas à mes attentes. Je trouve son style terne ( mais y-a-t-il un style Laura Kasischke, vraiment?) et la pauvre souffre d'une traduction plus que moyenne. Des maladresses, des lourdeurs... c'est sûr, ça n'aide pas. Et ça agace. Ahhh si je pouvais lire couramment l'anglais...

Ce deuxième essai ne m'a pas plus convaincue que le premier. J'abandonne donc définitivement Laura Kasischke, ses inquiétudes pas assez inquiétantes pour moi, ses bourgeoises un peu trop faciles, ses maris, ses ados énervés, ses rebondissements et quiproquos qui n'ont pas beaucoup plus d'effet sur moi qu'un grand verre d'eau. 

"Et pourtant, lorsque je le vis, je le sus :

Bien sûr.

C'est toi mon amoureux.

Et comme s'il m'avait attendue, il sourit en me voyant approcher en voiture.

"Vous voilà, dit-il lorsque je baissai ma vitre. Notre tueuse de biches."

J'ouvris la bouche pour parler, mais je ne dis rien. Je ne pouvais que le regarder fixement.

Il avait des dents parfaitement blanches et droites, et des yeux si profonds qu'il était surprenant, presque impossible de les regarder fixement. Vous pouviez trébucher en regardant dans ses yeux-là. La mâchoire carrée, la barbe et la moustache soigneusement taillées -c'était bien ce que je lui avait inventé dans mon imagination-, mais les mains gracieuses, aux longs doigts ces mains propres, étaient tout à fait à lui.

Il portait un montre en or. Au tour du col de son tee-shirt noir, je crus voir briller une chaîne en or. Il avait une unique fossette insistante, du côté droit de son sourire.

"Garez-vous donc madame Seymour. On va vous arranger ça."