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J'ai eu envie de découvrir ce bouquin parce que je m'attendais à y trouver des nouvelles. C'est souvent le cas avec les Folio à 2 euros. Je l'ai à peine feuilleté avant l'achat. En réalité, c'est une balade nostalgique dans les rues de Paris et sa banlieue, Courbevoie, Puteaux, que nous propose Patrick Pécherot dans cet éloge. La rue, ses gens, ses odeurs, ses objets... autant de jolies divagations, plaisantes à lire car l'auteur possède une langue gouailleuse à souhait, un vrai style, le sens de la formule, une chouette écriture qui m'ont fait aller jusqu'au bout de cette lecture d'une petite centaine de pages. Pas très long, mais tout de même...

Ca n'a pas été si simple, en fait, de ne pas abandonner cet Eloge au coin de la rue. (Ok je sors...).

Patrick Pecherot nourrit en effet sa promenade de reférences culturelles, historiques, (années 60-70, surtout) d'évènements très évocateurs pour certains, je n'en doute pas. Pour ma part, rien, ou pas grand chose. ça ne me parle pas, voilà.  Jo Privat, je ne connais pas, Tixier-Vignancourt non plus. Denise Glaser, très vaguement. Pierre Etaix, qui c'est celui-là? Je manque sans doute de culture, mais j'ai fini par me lasser de cette balade, qui fait revivre tous ces inconnus à mon bataillon. Au cours de ma lecture, je n'ai cessé de demander autour de moi "tu connais machin?", "Tu as déjà entendu parler de truc?" et chercher un nom qui me serait familier dans tout ça. Céline, Belmondo, Michel Piccoli... ça fait peu.

 Ce n'est pas de la faute de Pécherot, ni de la mienne, (enfin si, un peu quand même, j'avais qu'à être un peu cultivée et feuilleter les livres avant de les acheter) mais mon plaisir de lecture s'en est trouvé largement amoindri.

Bien sûr, il n'y a pas que cela dans ce Petit éloge, je vous l'ai dit, la plume est belle et quelques moments m'ont tout de même interpellée : les pages consacrées aux encombrants qui font défiler les objets abandonnés et les gens... superbes. Et puis ceci: 

"La langue populaire est brave fille. Pas bégueule, elle ramasse ce qui vient. Elle ravaude, requinque, fait du neuf avec du vieux. Elle recueille les mots comme des enfants trouvés au coin des rues. De mots à mômes, il n'est que quelques lettres. Celle qu'on prend en faute dans les dictées. Ces mots-là ont des doigts tachés, le museau barbouillé, des gueules d'empeigne parfois. Ils sont bâtards ou pas grand chose.  (...) Jargon de travail aussi, taillé au tranchoir des bouchers, frappé au marteau, rougi à l'échaudoir. Langue dépiautée, retournée, forcée à la masse. Forgée sur l'établi. Langue de récup et de rafistolage, de la soudure et du tour de main. En quittant le boulot on a laissé la cotte, suspendu la blouse. On a eu beau faire, on trimballe tout de même des poussières, du cambouis sous les ongles (...) . Des mots aussi, pas rangés au vestiaire. Ils sont restés dans la poche. On a mis son mouchoir par-dessus.  Ils sortiront avec lui, les cigarettes ou la monnaie des commissions."

Minou l'a lu et n'a pas aimé, pour des raisons qui se rapprochent des miennes.