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A mon tour d'apporter ma modeste pierre à l'édifice de billets et chroniques sur THE roman de la rentrée littéraire 2012, j'ai nommé "La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert", très gentiment offert par mon amie Philisine au moment de sa sortie. Merci ma Phili, de veiller à ce que ta p'tite Comète ait toujours un livre à se mettre sous la dent :) Tu es un ange !

J'en ai entendu des choses sur ce livre : des gentilles (quel talent ! Quel génie ce Dicker ! Waow ! C'est le thriller de l'année, de la décennie, du siècle) et des beaucoup moins gentilles (très nul, roman écrit à la truelle, n'importe quoi, remboursez !) En tout cas, "Harry Quebert" fait beaucoup parler et divise les lecteurs. Tout le battage autour de ce paveton (plus de 600 pages) a bien sûr excité ma curiosité, surtout quand mon cher François Busnel s'est répandu en louanges dans son émission Le Grand Entretien (disponible en archives, cliquez. Joel Dicker est très sympathique et intéressant, François aussi comme d'habitude) et s'est pris à souhaiter que le bouquin obtienne le Prix Goncourt. Gloups.

Je peux faire gloups, maintenant que j'ai lu le roman.

Pour résumer sans trop en dire, "L'Affaire Harry Quebert" raconte l'histoire de Marcus Goldman, un jeune écrivain américain qui après un énorme succès, se trouve en panne d'inspiration. Une vraie grosse panne. Marcus est exsangue, il n'arrive plus à écrire une ligne. Nous sommes en 2008, les américains s'apprêtent à élire un nouveau président. Notre écrivain est sous pression. Les lecteurs l'oublient, son éditeur le menace... la période est vraiment délicate pour celui qui fut la vedette de son lycée et baptisé "Le Formidable".

Dans le même temps, on retrouve le squelette de Nola, une adolescente disparue en août 1975 , dans le jardin du grand écrivain Harry Quebert, ami et mentor de Marcus. Harry crie son innocence mais tout l'accuse. D'autant qu'il avoue avoir entretenu une liaison passionnée avec Nola, quinze ans à l'époque de sa mort. Cette relation interdite, aurait, en outre, permis l'écriture du chef-d'oeuvre de Harry Quebert, " Les Origines du Mal" (hu hu, quel chef-d'oeuvre, je me gausse).Le livre est retiré des librairies et Harry Quebert conspué par l'Amérique entière. Marcus, convaincu de l'innocence de son ami, se met en tête de découvrir la vérité sur la mort de Nola et se lance dans une incroyable enquête, aux rebondissements incessants, en compagnie d'un flic bourru dont j'ai oublié le nom. L'inspiration pourrait bien revenir...

Voilà un livre que j'ai commencé dans l'enthousiasme : très prenant dès le démarrage, il se lit sans difficulté et l'écriture, du moins au début, n'est pas aussi mauvaise que je le craignais. Ce n'est pas du Balzac, loin s'en faut, mais Dicker a une plume plutôt agréable, l'enquête semble solide. Le roman est construit de façon intelligente et originale : conseils malicieux d'un écrivain à un autre qui émaillent le roman, allers-retours présent-passé, mise en abyme du roman dans le roman, des personnages nombreux et qu'on identifie très vite, une petite ville pleine de lourds secrets... On y trouve même une satire rigolote et incisive du monde de l'édition, des choses intéressantes sur l'écriture et les affres de la création. On ne s'ennuie pas, c'est un fait.

Et puis à un moment, je ne saurais dire lequel, ça part en sucette. ça s'enlise, ça devient long, trop long. Que de répétitions, de lourdeurs, des passages entiers reproduits intégralement deux ou trois chapitres plus loin... Mais enfin pourquoi? Et cet assassin qui change toutes les deux pages ! tu nous le ch... ton coupable ?! Je n'y ai plus cru du tout. Ah oui, et Luther Caleb avec son défaut de prononciation, (énervant au possible et totalement ridicule) et cette mère juive à deux francs six sous... Pathétique. J'ai commencé à me dire "c'est pas possible, c'est une parodie".

Il se peut qu'il s'agisse d'une parodie, en effet. Il faut que ce soit ça, sinon c'est grave. Joël Dicker se moque gentiment de son lecteur, c'est bien probable. Tout est tellement artificiel, les personnages comme les sentiments. C'est hallucinant, totalement incredibeule, cette vision des relations, de l'amour, d'une cucuterie telle qu'elle fait déraper tout le reste. L'intrigue est peut-être bien ficelée (et encore, sur la fin, on a l'impression que l'auteur cherche désespérément un coupable et tous les personnages y passent ou presque) mais c'est trop tard. Nunuche a pris le dessus, Nola veut s'envoler avec son chéri et ses mouettes. (D'accord, elle n'a que quinze ans, mais quand même, plus tartignole que ça, tu meurs. On est tartignole comme ça à 15 ans????) On pleure, tout le monde pleure, Harry, Marcus, Nola et moi aussi je pleure car la fin n'arrivant pas, je me voyais lire ce livre toute ma vie. Ne me dites surtout pas "pourquoi tu n'as pas tout simplement laissé tomber?" je vous répondrais que ça ne se fait pas, d'abandonner un bouquin dont on a déjà lu 500 pages. Et puis zut qui a tué Nola quoi...

Voilà donc mon bilan. Un drôle de livre, une drôle de lecture, des impressions en dents de scie, des espoirs déçus (ça partait tellement bien... ) et en même temps, si l'engouement que suscite "Harry Quebert" demeure pour moi un mystère, je ne peux que saluer le tour de force de Joël Dicker. Son livre m'a largement fait grincer des dents, je ne l'ai pas trouvé bon et pourtant... il fallait absolument que je sache qui a tué Nola.

Mais bon sang QUI A TUÉ NOLA???

Maintenant je sais :))

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Un extrait bien cucul :

"Vous essayez de me parler d’amour, Marcus, mais l’amour, c’est compliqué. L’amour, c’est très compliqué. C’est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L’amour, ça peut faire très mal. Vous ne devez pas pour autant avoir peur de tomber, et surtout pas de tomber amoureux, car l’amour, c’est aussi très beau, mais comme tout ce qui est beau, ça vous éblouit et ça vous fait mal aux yeux. C’est pour ça que souvent, on pleure après"

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Un autre qui l'est moins :

"Les mots sont à tout le monde, jusqu'à ce que vous prouviez que vous êtes capable de vous les approprier. Voilà ce qui définit un écrivain. Et vous verrez, Marcus, certains voudront vous faire croire que le livre est un rapport aux mots, mais c'est faux : il s'agit en fait d'un rapport aux gens."

Quelques avis, certains enthousiastes, d'autres non :

Sophie, Malika, Philisine, Sylvie, Aifelle, Sous les galets...

Si je vous ai oublié, n'hésitez pas à vous signaler !

 

Une participation au challenge de Liliba :

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