9782020872324Si on m'avait dit il y a tout juste une semaine: "tu vas lire un roman d'espionnage", j'aurais ri. Je déteste ce genre, je déteste les espions, je déteste tout ce qui s'en rapproche. Je ne regarderai jamais un James Bond, je ne lirai jamais un bouquin où il est question d'agent secret russe, anglais, américain, chinois... Je déteste.

Sauf que l'autre jour, de passage dans une librairie, je suis tombée sur un roman de William Boyd à la quatrième de couverture plus qu'évasive: une vieille femme inquiète son entourage par ses délires... Je me suis dit "pourquoi pas."

Et voilà, j'ai lu mon premier roman d'espionnage. Pour une fois, je salue la brièveté  de cette quatrième de couverture ! Pour un peu, je me privais d'un très bon roman, avec mon côté borné... 

"La vie aux aguets" est un roman en partie historique, qui a la particularité de naviguer entre le présent (l'année 1976) et le passé (période 1939-1942), selon les chapitres. Lorsque le roman démarre en 1976, en plein épisode caniculaire, Ruth, une universitaire, mère célibataire d'un petit Jochen, est préoccupée par le comportement étrange de sa mère Sally, qui se sent épiée et menacée. Sally serait-elle en train de perdre la tête? Tout à trac, celle-ci fait des révélations fracassantes. Agent recruté par la British Security Coordination pendant la seconde guerre, la mission de Sally -de son vrai nom Eva Delectorskaya- était de convaincre les Etats-Unis réticents de s'engager dans le conflit aux côtés de l'Angleterre. Pour cela tous les moyens étaient bons : manipulation de l'information à la radio, dans la presse, chantage au plus haut niveau... La belle Eva ira même jusqu'à payer de sa personne...

J'ai passé un excellent moment : la narration est efficace, entre réalité et fiction (à ce sujet lire la note de l'auteur à la fin du roman, très éclairante) riche en rebondissements, l'écriture de Boyd est fluide et agréable, rythmée, précise, ses portaits sont savoureux. J'ai aimé suivre Eva (qui change d'identité comme de chemise) dans ses filatures et les opérations qui la mènent de Londres au Canada, en passant par le Nouveau-Mexique. Son histoire croustillante avec le ténébreux Lucas Romer m'a grandement intéressée :)

J'ai particulièrement apprécié la seconde partie du roman, mouvementée et palpitante : un vrai film d'action ! Les chapitres concernant Ruth, moins trépidants, sont tout de même sympathiques et permettent de souffler un peu. J'ai juste trouvé dommage qu'ils ne soient pas toujours en rapport avec ceux consacrés à Eva/Sally, donc pas forcément utiles. En fait, j'espérais des espions à toutes les pages...

Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

 

 Extrait :

 - “Ne faites confiance à personne”, répliqua-t-il sans solennité mais avec une assurance et une sorte de certitude pratique, comme s’il déclarait : “Aujourd’hui, c’est vendredi.” “Ne faites confiance à personne, jamais”, répéta-t-il en prenant une cigarette qu’il alluma, pensif, surpris lui-même de sa lucidité aurait-on dit. “Peut-être est-ce la seule règle dont vous avez besoin. Peut-être que toutes les autres règles dont je vous parlerai ne sont-elles que les dérivés de celle-là. “La seule et unique loi.” Ne faites confiance à personne - pas même au seul être en qui vous pensez pouvoir avoir le plus confiance au monde. Soupçonnez toujours. Méfiez-vous en permanence.” Il sourit, pas de son sourire chaleureux. “Ca vous rendra d’excellents services.” 

 

Une contribution au challenge anglais d'Antoni.

Challenge-anglais