Il était temps pour moi de penser à honorer mon propre challenge "En train de lire". Remarquez, j'ai un peu attendu (vous trouvez aussi...) mais ça valait la peine. Vous connaissez Jean-Bernard Pouy?
Jean Bernard Pouy, il est drôle. J'adore ses interventions hilarantes dans l'émission littéraire "Des Papous dans la tête" de France Culture (le dimanche vers 13h, c'est à ne pas manquer. Personnellement, je "podcast" le programme et je l'écoute en allant travailler, ça me met de bonne humeur). J'ignorais en revanche que ce drolissime personnage est aussi un remarquable auteur de polar, féru de trains ! On en apprend tous les jours... Jean-Bernard, dans mes bras!
Un train, dans la nuit, roule vers la Zoldavie. A bord, dix-huit passagers dont le narrateur, François Meynard, professeur en géopolitique, en route pour donner une conférence. Lorsque le wagon s'arrête brusquement au beau milieu de nulle part après s'être détaché du train couchettes, les voyageurs commencent par attendre les secours, supposant une panne, un accident, un sabotage... Ils attendront en vain. Il semble qu'on les ait oubliés. La situation devient tout à fait cauchemardesque lorsqu'on retrouve les cadavres des quelques passagers partis en éclaireurs. Dès lors, les autres voyageurs s'organisent pour survivre...
Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce polar une réussite. L'ambiance est franchement angoissante, genre "Twilight zone", (la nuit, l'incertitude absolue concernant les raisons de l'arrêt du train, les corbeaux, les cadavres, la région hostile, les avions menaçants) et l'écriture à la première personne est idéale pour créer de l'empathie. Le narrateur est un homme blessé (père endeuillé et mari meurtri), ce qui le rend très attachant. J'ai aimé ses failles et l'histoire d'amour qui va naître dans ce contexte apocalyptique a séduit mon coeur de midinette. Si on ajoute que le sujet est très original, qu'on y trouve un train et que l'écriture de Jean-Bernard Pouy est extrêmement vivante, à la fois rude et sensible, on a le cocktail du polar parfait...
Mais..
Car il y a un mais.
La fin du roman, mes amis. Frustrante, rageante, hallucinante, tout ce que vous voulez. Un "démerdez-vous" adressé au lecteur bien décevant, vraiment pas à la hauteur du reste. J'ai pourtant relu plusieurs fois les dernières pages pour être sûre de n'avoir rien loupé. L'incompréhension demeure. Dans ces cas-là, on se sent floué... et on ne classe pas ce polar en catégorie"gastronomique"comme les 144 premières pages le laissaient présager. On se contentera d'un simple "J'ai savouré":-/
Et Pouy voilà.
Les premières lignes du roman:
"Un dernier sursaut de tôle et le train s'arrête.
La sensation d'être dans une gare. Une addition d'éléments : des sons résonnant sous une hypothétique marquise, des raclements lointains de pas, des portières qui claquent doucement. En pleine nuit, les bruits disparaissent vite, comme avalés par la soudaine torpeur du monde. Un haut-parleur, loin, au bout d'un quai. Paroles déformées, rendues floues par l'obscurité. Une gare.(...)
Lentement, avec précaution, je soulève à peine le rideau, sur le glauque du décor: un quai désert éclairé au sodium. Un peu de lueur orange entre dans le compartiment." (p.9)
Deux challenges pour le prix d'un :
Catégorie "J'ai rencontré l'amour voiture 14" et "Orient Express" pour ce challenge organisé par moi.
Organisé par Liliba
Billet programmé pour cause de vacances :)