OLEANNAIl faut aller au théâtre du Lucernaire en ce moment. J'y étais hier soir, les mains dans les poches, sans attente précise (surtout pas concernant les acteurs, Marie Thomas et David Seigneur. Pour une fois, je ne connaissais ni l'un ni l'autre, aucun risque d'être déçue :-D), sachant à peine de quoi parlait "Oleanna", la pièce proposée par ma copine Juju. C'est parfois agréable de se laisser porter...

Je vous assure, j'ai pris une sacrée claque.

 Sur scène, un homme et une femme. John est professeur, sûr de lui, sur le point d'être titularisé, d'acheter une maison. Carol est étudiante, mal dans sa peau, laide, malheureuse, en échec. Le cours du professeur la dépasse, elle n'y comprend rien. Il la rassure, se montre conciliant, condescendant. Il parle, il parle beaucoup, il parle trop, entre deux sonneries de téléphone parasites. (Pas dans le public, je précise, mais sur scène. C'est exaspérant mais fait exprès: John passe beaucoup de temps en ligne avec sa femme et son agent immobilier)

   Après une mise en place un peu longue, minutieuse, où chaque mot, chaque geste compte (on comprend pourquoi par la suite), la pièce bascule et devient terrible. Je ne peux en dire davantage, pour ne pas déflorer une intrigue tout à fait inattendue,  sur fond de manipulation, de sexe, de pouvoir. La situation infernale, les acteurs extraordinaires, la force du texte, font que j'ai vécu hier soir un grand (mais court: 1h10) moment de théâtre. La comédienne Marie Thomas est particulièrement impressionnante, petite souris éteinte à la voix aigrelette au début de la pièce,  le corps dissimulé sous un grand imperméable, en métamorphose constante...

On sort de là bien secoué et on en parle. On continue d'en parler dans le métro, à la maison, de se poser mille questions (qui a raison, qui a tort, c'est elle qui, oui mais lui, quand même, décidément rien n'est simple...) , on y pense encore le lendemain et au moment où on écrit le billet, on se demande si quelque chose ne nous aurait pas échappé... Une raison peut-être d'y retourner (je ne vais jamais deux fois voir la même pièce, mais là, je pourrais faire une exception) et d'en parler avec vous qui avez peut-être vu la pièce, ou allez naturellement vous précipiter pour réserver après la lecture de ce billet ;-)

Une belle contribution au challenge de Bladelor.

 

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