DownloadedFile-1Encore des nouvelles, allez-vous me dire. Oui, mais quelles nouvelles... Lues dans la voiture entre la Loire et Paris, elles n'ont pas fait un pli. Ce sont onze petits bijoux que nous avons là, onze textes d'une qualité exceptionnelle. Je ne m'y attendais pas. Je connais pourtant Patricia Highsmith, j'aime bien certains de ses romans, avais un souvenir lointain de quelques belles nouvelles. Heureusement, ma copine Solange est passée par là et m'a mis dans les mains ce précieux petit recueil. Merci Sol !

 Selon Graham Greene, qui a rédigé la préface, on ressort de la lecture de ces textes avec un "sentiment de danger personnel". Je confirme. La tension qui s'installe dès les premières lignes ne s'estompe à aucun moment. Maintien de l'inquiétude jusqu'à la chute étincelante ou virage -toujours très réussi, surprenant de subtilité - vers le fantastique... (la nouvelle "A la recherche du "***Claveringi", n'est qu'un long frisson...) Patricia Highsmith aime installer des situations où le pire est annoncé. Quel forme va t-il prendre? On ne sait jamais à quoi s'attendre. Je suis tombée dans le piège avec bonheur plusieurs fois. C'est génial, c'est explosif. C'est si bien écrit, ça fait tellement peur, ça émeut même parfois... Ah que c'est bon ! Etre scotchée à des nouvelles toutes plus réussies les unes que les autres, ne pas pouvoir lâcher son livre, pousser des "oh" et des"ah" en tournant les pages à la vitesse de la lumière... Je suis addict de ce genre de littérature, moi.

Une autre très grande qualité de ces textes est de faire toute sa place à la psychologie du personnage, qu'on accompagne sans pouvoir le lâcher dans son délire ("L'héroïne") ou dans sa fuite (" Quand la flotte était à Mobile"). Les relations entre les gens (voisins, patients, enfants et parents...) sont au coeur de la nouvelle et ce sont elles qui la font basculer, elles qui nous font dire "purée, si ça m'arrivait..." Il suffit parfois, d'un jeu de ballon le dimanche sous une fenêtre, d'un chandail abîmé par pure méchanceté, d'un potage à la terrapène... pour que ça tourne  à l'aigre, voire au très aigre.

Un gros coup de coeur, sûrement un des meilleurs recueils de nouvelles que j'ai pu lire.

Un petit extrait (pas deux, faut lire le livre !) :

"L'escargot reculait pour sortir sa tête du renfoncement étroit du ravin. Le corps humide, couleur de thé au lait, apparut avec la lenteur d'un serpent gigantesque s'éveillant du sommeil.  (...) La tête de l'escargot, tournée vers l'intérieur de l'île, s'éleva de plus en plus haut, et ses cornes, grâce auxquelles il voyait, commencèrent à s'allonger. Le professeur Clavering se rendit compte qu'il l'avait dérangé dans son sommeil diurne, et une brève terreur le poussa à battre en retraite de nouveau (...)

L'escargot (...) tourna lentement son énorme tête vers lui." (p.129)


Ici, l'escargot est un monstre... Tout à fait digne de participer au "monstrueux challenge" de Za !

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