Sous-les-mets-les-motsEn feuilletant le dernier numéro de Muze, je suis tombée sur un texte de Claude-Pujade Renaud intitulé "L'oeuf". J'aime beaucoup cette grande nouvelliste et la collection "Exquis d'écrivains" où est publié le recueil "Sous les mets les mots" est assurément une jolie découverte. Des auteurs y célèbrent le goût et les saveurs, les plaisirs de la gastronomie au travers de textes courts, anecdotes, souvenirs... Les couvertures si jolies ont achevé de me convaincre d'aller plus loin... 

 Comme le titre du recueil l'indique, Claude Pujade-Renaud met ici à l'honneur, dans ces dix-huit textes courts, le lien intime entre le langage et le goût qui dit-elle, "se nourrissent l'un de l'autre".  Elle en fait un éloge gourmand et curieux et se penche sur les secrets des mots tapis derrière les mets, leurs contradictions amusantes parfois :

"Mots et mets ne s'accordent pas toujours. J'aurais aimé que les fameuses poulardes de Bresse, dont la demi-deuil (tout l'art consistant à glisser de fines lamelles de truffes entre chair et peau), fussent l'oeuvre de la mère Poulard. Eh bien non, la mère Poulard confectionnait au Mont-Saint-Michel de célèbres omelettes et des beignets de camembert". (p. 48)

Histoires, légendes, souvenirs, poèmes, recettes infaisables et merveilleuses ( "le poisson au coup de pied" de Colette, les beignets de genou...) micro-nouvelles, rêveries autour de la coriandre, de l'oignon et autres merveilles de la Méditerranée, ce petit livre savoureux se mange littéralement des yeux. L'écriture de Claude Pujade-Renaud si sensuelle, totalement en accord avec son sujet,  son érudition jamais pédante, sont un pur régal.

Un petit extrait :

"Un des premiers boulots de marmiton que ma mère me confia- je devais avoir cinq ou six ans-fut de séparer les blancs des jaunes. (...)

- Si tu laisses tomber une goutte de jaune dans les blancs, je ne pourrai plus les monter en neige !

Cette neige ferme et lisse était destinée à se transformer en île flottante, petit iceberg meringué, fier et fragile, dérivant sur sa crème anglaise. Certes, je souhaitais que prennent et cette neige et cette île, plaisantes métamorphoses de ces blancs gluants que j'exécrais. Mais pour mettre tant de passion et d'obstination à ce jeu grave, qu'est-ce-que je cherchais? Accomplir la séparation entre ma mère et moi? Moi qui, il n'y avait pas si longtemps, avais été cet oeuf brouillé, confusément enfoui au creux de son corps." (p.61)

Je propose ce livre pour le challenge "Livres gourmands" de Syl.

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