imagesVoilà un livre qui reposait depuis quelques temps sur ma table de chevet. Poussée par une soudaine inspiration, (et le désir de faire descendre d'un cran la pyramide qui menace de s'effondrer à côté de mon lit- si j'ai le courage, un jour, je prendrai une photo pour vous montrer...) je me suis décidée à le lire. Bien m'en a pris. Ce fut une lecture délicieuse.

L'histoire, racontée par une adolescente de quatorze ans, est celle de Madame, qui possède une maison d'hôtes dans ce lieu enchanteur qu'est la Sardaigne. Des promoteurs avides veulent à tout prix la lui racheter. Mais Madame refuse. L'argent, elle s'en fiche. Elle a pour soutien le grand-père de la narratrice, la narratrice elle-même -dont le papa a mystérieusement disparu et réapparaît parfois la nuit, d'un "battement d'ailes", rien que pour elle- et le fils aîné des voisins, un musicien incompris de sa famille.

Madame court après l'amour mais les hommes ne songent qu'à profiter d'elle, de son corps, de son grand coeur. Elle coud des robes bizarres, court parfois jusqu'à la plage et nage d'une façon insensée, se montre d'une extrême générosité envers les autres, générosité jamais payée de retour...

Vous l'aurez compris, Madame a un petit vélo dans la tête. Et c'est ce qui fait son charme.

Je l'ai beaucoup aimée, cette Madame qui a fini par oublier qu'elle avait un prénom -on ne le découvre qu'à la fin du livre-. Autour d'elle, la Sardaigne, d'une beauté irréelle, et une galerie de personnages, décalés, touchants, le trompettiste mal-aimé, l'étrange petit Pietrino, l'adolescente à l'imagination débordante, le blessé amoureux, la tante férue de Leibniz font de ce roman une parenthèse de lecture très douce. L'univers fantasque et bigarré de Milena Agus m'a séduit. Sa jolie écriture, à la fois pleine de simplicité de de poésie, m'a convaincue. 

Extraits :

  "Ici  le ciel est transparent, la mer couleur saphir et lapis-lazuli, les falaises de granit or et argent, la végétation riche d'odeurs. Sur la colline, dans les lopins de terre arrachés au maquis qu'on cultive entre leurs murets de pierre sèche, le printemps resplendit du blanc des fleurs d'amandiers, l'été du rouge des tomates et l'hiver de l'éclat des citrons. "(p.11)


"Madame est très attentive au bonheur des gens, elle croit à la magie et lit dans les tarots pour tous les clients de sa maison d'hôtes, afin de connaître leurs besoins et de les satisfaire (...) En ce qui concerne le sien, de bonheur, Madame dit que s'il tarde encore, après un certain âge il a peu de chances d'arriver. Certes, ce n'est pas impossible. Le pire, c'est la solitude. Quand elle déjeune seule, ce qui est presque toujours le cas, sans nappe et avec une serviette en papier, elle sent un fantôme lui taper sur la tête et lui plonger le nez dans son assiette. Comme si le fantôme lui reprochait de ne pas être capable de vivre avec quelqu'un, d'avoir un amour." (p.18)


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