DownloadedFileJ'aime beaucoup Joyce Carol Oates. Ses romans, mais surtout ses nouvelles. Après deux recueils vraiment excellents,  Femelles et  Vallée de la mort  lus l'année dernière, (dommage, j'aurais bien aimé en parler ici, mais je n'existais pas encore pour vous, chers lecteurs :-)) je me suis plongé avec délices dans « Vous ne me connaissez pas ».

Autant le dire tout de suite, ces nouvelles sont autant de coups de poing en pleine figure. Avec pour fil rouge le vrai visage de ceux qui nous entourent, qu'on découvre avec horreur. Ces parents aimants sont alcooliques et violents, ce brave voisin est un pervers amateur de petites filles, cette prof si sérieuse avoue un sérieux penchant pour ses jeunes élèves, ce frère adoré est un dangereux voyou ... qui l'eut cru ?

Chez Oates, les adultes respectables sont bien souvent des êtres fracassés, qu'ils soient victimes ou bourreaux. L'enfance est faite de meurtrissures, de fêlures profondes jamais refermées. Ici, les enfants sont traités d'une façon effroyable. Rien ne leur est épargné et au lecteur non plus. Mais les fêlures ne sont pas que physiques. L'humain est cruel, lâche, jaloux, mesquin... Et j'en passe.

C'est glauque, insoutenable mais pour Joyce Carol Oates, c'est la vie...

Alors quoi? A mon avis, ce parti pris de noirceur absolue n'est supportable que lorsque l'auteur possède un grand talent. Je ne vous le cache pas, si ces nouvelles n'avaient pas été écrites par Joyce Carol Oates, j'aurais certainement abandonné, vaincue par tant de pessimisme et de brutalité (dans tous les sens du terme). Mais voilà, il s'agit bien de Oates, de son écriture au couteau absolument géniale, de son génie pour planter les ambiances lugubres, de sa capacité à aller toujours plus loin, à scotcher le lecteur sur sa chaise, à le laisser pantelant car les chutes sont bien souvent ouvertes. Tu es terrassé, lecteur? Reprends ton souffle un instant avant de passer à la nouvelle suivante... (mais non, Joyce Carol Oates ne m'a pas parlé, c'est dans ma tête voyons)

 Dans le recueil, un texte surprend cependant et vient apporter un tout petit souffle d'air frais au milieu de tout ce noir. Comme je suis gentille, je ne vous dirai pas lequel. Si vous arrivez à lire la totalité du recueil, vous serez très fort, (comme je l'ai été), je vous dirai"bravo vous avez des nerfs d'acier" et vous la trouverez sans peine, cette pâquerette au milieu des éléphants.

Pour vous faire envie (ou vous faire fuir peut-être) :

 « … La cabane, elle se trouvait dans les monts Sonoma (…), mais en fait c'était n'importe où, et moi j'étais n'importe où pendant ces huit jours, je m'accrochais à la vie comme on s'accrocherait à une paille par laquelle on peut respirer, couchée au fond d'une eau profonde. Une eau opaque, à travers laquelle on ne voit pas la surface.

Il partait, et il revenait. Il me laissait attachée sur le lit, un lit en fer avec un matelas mince, très sale (...) Le bas de mon corps était à vif et palpitait de douleur et d'autres parties de mon corps étaient dans une brume de douleur si bien que je n'arrivais pas à penser, et la plupart du temps je n'étais pas réveillée, pas ce qu'on appelle vraiment réveillée, douée d'une personnalité. Ce qu'on appelle sa personnalité, vous savez?... ce n'est pas comme les os, ou les dents, quelque chose de solide. C'est plutôt une sorte de flamme. Une flamme peut-être droite, et elle peut vaciller dans le vent, elle peut être soufflée et disparaître comme si elle n'avait jamais existé. » ("La fille à l'oeil poché")

 Un recueil que je recommande évidemment, mais avec quelques réserves. C'est quand même très dur, vous êtes prévenus... 

Challenge Joyce Carol Oates chez George. 

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D'autres blogs parlent de ce recueil, par exemple Le Blog Bleu.